Le bêta-bloquant 2e génération
ou comment lutter intelligemment contre l'invasion d'Internet

par jp.baquiast@meudon.netcable.tm.fr
(13 octobre 1998)

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Amis bêta-bloquants, vous pourriez, depuis deux ans qu'existe cette chronique, vous sentir démoralisés. Internet se développe, malgré tous vos efforts, y compris dans l'administration. Vous faut-il pour autant renoncer à lutter contre la révolution numérique? Certainement pas, mais il faut adapter votre stratégie. L'heure sonne désormais pour l'apparition d'une 2e génération de vos pareils, qui tels les judokas, sauront utiliser l'impulsion de l'adversaire pour mieux le précipiter au sol.

En d'autres termes, sans abandonner les arguments simplistes contre Internet, toujours utiles dans les milieux, heureusement encore nombreux, qui ne connaissent rien au sujet, vous devez aussi développer des armes plus sophistiqués. L'idée générale qui doit vous inspirer est de ne pas lutter de front contre Internet, lorsque le mal est déjà installé, mais de conduire une politique de retardement et, chaque fois que possible, d'encerclement (containment) précédant l'étouffement.

Il existe plusieurs méthodes déjà largement utilisées par les plus avertis d'entre vous, que nous rappellerons ici:

- la méthode dite du super-fax: sans refuser Internet, il faut couper à l'avance ses potentialités subversives en le cantonnant dans des usages traditionnels, qu'il n'améliorera que médiocrement, permettant d'alimenter l'argument selon lequel "tout ceci, finalement, constitue beaucoup de bruit pour rien. Les vraies solutions sont ailleurs". Cette méthode, rappelons-le, a permis au Grand Quartier Général français de perdre allégrement la bataille de juin 1940, en utilisant les blindés comme s'ils étaient des fantassins (vitesse de pointe: 4 kms/h). Les possibilités d'initiative, dans cette voie, sont immenses. Il suffit de prendre une procédure classique, d'y surajouter Internet, sans rien changer par ailleurs, d'empêcher tout utilisateur ambitieux de réfléchir à un mode d'emploi plus évolué, et le tour sera joué. 

- la méthode, déjà évoquée dans ces chroniques, du tout intranet, et mieux encore du tout intranet-parcellisé. L'on expliquera que le caractère confidentiel ou stratégique des contenus exige de ne les distiller qu'au sein d'espaces protégés, les intranets, que l'on multipliera afin qu'ils ne communiquent pas entre eux. Ainsi les précieuses frontières entre services et autres spécificités héritées de la nuit des temps  pourront-elles survivre à la mode de la communication et du travail coopératif.

- la neutralisation du webmestre: lorsque le mal est déjà fait, c'est-à-dire lorsqu'un service, pour répondre à la pression externe, s'est doté d'un agent compétent en matière d'Internet, qu'il s'agisse d'un webmestre ou de quelqu'un aux fonctions  plus modestes, mais néanmoins potentiellement susceptible de donner le goût du nouvel outil aux autres, il faut réagir très vite. La technique est simple, c'est celle de la neutralisation par saturation. L'argument à développer est le suivant; "vous avez voulu faire de l'Internet, mon brave. Et bien faites-en"...et de le charger en pagaille de tout: rédiger les textes mal ficelés qu'il devra mettre en ligne,  voire en corriger les fautes d'orthographe - répondre à tous les mels reçus, quel que soit leur sujet - réparer toutes les défaillances des micros et du réseau local, etc. S'il ne peut faire face, ou s'il demande du personnel de renfort, ou s'il recommande des réorganisations en profondeur (ne fut-ce que former les secrétaires à l'utilisation d'HTML) il faudra ne pas hésiter à le mettre en cause personnellement, en doutant de sa compétence. Il sera plus facile de l'éliminer que de s'en prendre directement à Internet, dont le chef de service (par pur snobisme sans doute, subverti par le PAGSI) risque de prendre la défense.

Amis bêta-bloquants, nous arrêterons-là aujourd'hui cette première liste de méthodes avancées de lutte contre Internet et le changement. Mais n'hésitez-pas à nous faire part de votre expérience. Cette rubrique est la vôtre. A titre exceptionnel résolvez-vous  à utiliser Internet pour nous adresser vos suggestions. Nous n'avons hélas pas encore de fax.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/bb/generat2.htm
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