Internet à l'école. Le non-projet pédagogique du Lycée de N....

par Jean-Paul BAQUIAST( Juin 1996)

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Voici une petite histoire vraie (mais transposée). Cet hiver 1996, le recteur de X., bien intentionné, à mis à la disposition de quelques lycées de sa circonscription un espace sur le serveur Unix du rectorat, leur permettant de se comporter à titre expérimental, comme éditeurs sur l'Internet. L'objectif était d'encourager l'utilisation de ce réseau au profit d'activités pédagogiques.

Le lycée de N. disposait déjà du matériel adéquat (micro, modem et ligne) lui permettant de se connecter tant à l'Internet qu'au site du rectorat. Le documentaliste du lycée pratiquait ce matériel et se portait volontaire pour former les professeurs intéressés. L'un de ceux-ci, enseignant d'italien, s'est jeté à l'eau. Aidé du documentaliste, il a rassemblé, en interrogeant différents serveurs, de nombreux textes, en italien et en anglais, portant sur un réalisateur de film bien connu. A partir de ces textes, il a constitué un dossier original, qui a été publié sur le serveur du rectorat, au nom du lycée, dans les premiers jours d'avril 1996.

Les rudiments d'un projet pédagogique se trouvait donc assemblés: non seulement les élèves auraient appris à pratiquer la langue enseignée à partir de sources vivantes, mais ils auraient acquis se faisant la connaissance des techniques documentaires et d'édition modernes, se donnant de précieux atouts pour trouver des emplois dans la société de demain, qui sera une société de l'information, comme nul n'en ignore. Bien plus, le lycée de N., devenu auteur sur le Web, participait à l'effort national visant à faire connaître notre pays, et sa langue, dans un cyber-monde encore essentiellement non-français. Tout était donc pour le mieux.

Malheureusement, le projet en est resté là, car le recteur souhaitait, fort justement, que d'autres professeurs, représentant d'autres disciplines, participent à ce projet. Les candidats possibles ont fait valoir que:

1. ils n'étaient pas formés (alors que chacun aujourd'hui peut apprendre quasiment seul à utiliser les outils modernes)

2. ils n'étaient pas rémunérés pour ce faire.

3. le lycée ne disposait pas de matériels en nombre suffisant (encore fallait-il utiliser ceux qui existaient déjà)

4. ils n'avaient pas le temps de s'intéresser à ce projet avant la rentrée de ...1997.

Bref, le lycée de N. peut se flatter d'être à ce jour le responsable d'un non-projet pédagogique sur l'Internet. Qu'il se rassure. Il n'est pas le seul.

Que le lecteur de son côté se rassure. D'autres lycées, d'autres professeurs, font montrent de plus d'initiative! Nous aimerions d'ailleurs leur donner la parole un prochain jour.